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Interview de Philippe MAILLARD, parue dans Les Echos le 20 Novembre 2014 

« Renouveler le réseau d'eau est une urgence et créerait des milliers d'emplois »

 

Date de publication : 25/11/14

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Crédit : ©Franck CRUSIAUX/REA

 

 

Interview de Philippe MAILLARD

Président de la Fédération professionnelle

des entreprises de l'eau

 

Propos recueillis par Myriam Chauvot

Source Les Echos 

 

 

Cinquante ans après la loi sur l'eau, quel est le paysage français ?

 

Nous sommes de plus en plus inquiets sur l'état du réseau d'eau, dont 50 % datent d'avant 1970. Nous allons vers de graves problèmes dans quelques années si les services publics d'eau n'investissent pas davantage dans le renouvellement des canalisations vieillissantes. 

 

Actuellement, seulement 0,6 % en moyenne du réseau est renouvelé annuellement. A ce rythme, il faudra cent soixante ans pour le remplacer, alors que la durée de vie d'une canalisation va généralement de trente à quatre-vingts ans, selon les matériaux employés et les conditions d'exploitation. Aujourd'hui, en moyenne, 23 % de l'eau injectée dans les réseaux s'échappe des canalisations. Ce taux va augmenter de façon importante d'ici à quelques années, en contradiction avec les objectifs du Grenelle de l'environnement, si on ne relance pas les travaux sur les réseaux. Les objectifs du Grenelle n'ont pas été atteints non plus concernant l'inventaire des réseaux et de leur état. Les collectivités devaient le réaliser avant fin 2013. Aujourd'hui, si cela a été fait dans les services dans lesquels nos entreprises interviennent, nombre de collectivités locales ont pris du retard.

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

C'est une question de volonté politique. Le secteur est régi par le principe que « l'eau paie l'eau » et les investissements y sont financés par la facture d'eau des usagers. Il ne faut pas tomber dans une politique de court terme consistant à baisser artificiellement le prix des services au détriment des investissements nécessaires à long terme.


Mais investir massivement augmenterait le prix de l'eau ?


Souvent, mais la hausse serait très modeste. La facture moyenne est de 400 euros par an et par foyer. Pour doubler les 800 millions d'euros actuels d'investissement, il faudrait l'augmenter de 4 euros par an, soit de l'ordre de 1 %. Rappelons que, contrairement aux idées reçues, en France, l'eau n'est pas chère. Elle ne représente, en moyenne, que 0,8 % du budget des ménages et il existe des aides pour les plus modestes. Enfin, depuis 2014, la loi permet aux élus locaux d'instaurer un tarif social de l'eau pour les ménages modestes.

 

Pourrait-on s'inspirer du plan de relance autoroutier ?


Il y a un point commun avec les travaux routiers : engager des travaux pour renouveler le réseau d'eau serait une action de relance forte créant des milliers d'emplois. Selon les estimations des Canalisateurs de France, doubler le taux actuel de renouvellement du réseau d'eau potable - long de 900.000 kilomètres - pour le porter de 0,6 % à 1,2 % par an pourrait générer plusieurs milliers d'emplois dans les travaux publics. Par ailleurs, ce vecteur de soutien au BTP aurait une utilité sociale et environnementale incontestable.

 



« Pour doubler les 800 millions d’euros actuels d’investissement, il faudrait augmenter la facture de 4 euros par an, soit de l’ordre de 1 %. »

 


 

Mais le secteur de l'eau est spécifique. Au contraire des autoroutes, il ne relève pas uniquement de l'Etat, mais de nombreuses collectivités locales, et il fonctionne en partie en régie publique. Il faut une volonté politique de relance et ce plan de relance ne peut pas être uniforme. L'important est de provoquer une prise de conscience et d'explorer toutes les options. Par exemple, utiliser les prêts bonifiés de la Caisse des Dépôts (actuellement, les élus y recourent trop peu) ou encore demander aux entreprises locales de l'eau de supporter les investissements, moyennant une extension de la durée de leur contrat de délégation, pour éviter une hausse de la facture d'eau pour les usagers.


Le cadre juridique vous semble-t-il bien adapté au secteur ?


La loi « visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre » (dite loi Brottes), votée en 2013, ne concernait initialement que le secteur de l'énergie, mais sa codification a créé une incertitude juridique pour le régime des coupures d'eau. Selon certaines interprétations, ses dispositions étendraient le principe d'interdiction des coupures d'eau en cas d'impayé à toutes les résidences principales, quels que soient les revenus des ménages. Nous appelons à une clarification du champ d'application de la loi. L'interprétation actuelle pourrait susciter une explosion rapide des impayés et menacer l'équilibre économique des services publics d'eau pour l'ensemble des acteurs (collectivités locales, opérateurs, agences de l'eau…).
Cela peut-il se répercuter sur le prix de l'eau ?
Cela fait partie des questions en suspens. Si les impayés, qui sont en moyenne aujourd'hui de 0,6 % de la valeur facturée, grimpent à 4 % ou à 5 %, les tarifs devront augmenter pour que les services s'équilibrent financièrement et cela pénalisera au premier chef les ménages modestes. D'où notre souhait de clarifier ce point et je note qu'il est partagé par les élus, représentés par la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Enfin, nos entreprises contribuent déjà aux divers dispositifs d'aide sociale, directement ou par le biais de chèques eau notamment.